Dalmatie du Nord
Entre Zadar et Šibenik, 150 km de côte découpée par les 89 îles des Kornati et les cascades de la Krka, notre base favorite pour naviguer hors des foules.
La Dalmatie du Nord couvre la côte croate entre Pag au nord et la Krka au sud, soit environ 150 km de littoral découpé par quatre archipels : Pag, Zadar, Kornati et Šibenik. Le relief y est moins spectaculaire qu'en Dalmatie centrale, mais la concentration d'îles habitées et d'îlots déserts en fait notre terrain de jeu préféré pour la navigation. Depuis nos bureaux à Zagreb, nous descendons sur la côte en 2h30 par l'autoroute A1, qui traverse le massif du Velebit par le tunnel Sveti Rok long de 5,7 km.
Zadar reste la capitale historique de la région. La vieille ville occupe une presqu'île de 600 mètres de long, posée sur les fondations de l'ancienne Iader romaine. Le forum du Ier siècle y côtoie l'église préromane Saint-Donat du IXe siècle, construite avec les pierres réemployées du forum. Sur la promenade ouest, l'orgue marin imaginé par l'architecte Nikola Bašić en 2005 produit des accords aléatoires sous la poussée des vagues, à côté de son installation Salutation au Soleil. La ville compte 75 000 habitants, vit du tourisme mais aussi du port de pêche et de l'université, ce qui maintient une vie locale hors saison.
Šibenik, à 75 km au sud, occupe une position singulière : la ville se trouve à l'embouchure de la Krka, dans une baie étroite reliée à la mer par le chenal Saint-Antoine. Sa cathédrale Saint-Jacques, construite en pierre de Brač entre 1431 et 1535 sans aucun mortier, figure au patrimoine UNESCO. Quatre forteresses dominent la ville, dont Saint-Michel restaurée en scène de concerts. Šibenik n'a pas l'aéroport ni la notoriété de Split, ce qui joue en sa faveur.
Les Kornati forment l'archipel le plus dense de Méditerranée : 89 îles, îlots et récifs sur 320 km², dont la plupart sans eau douce ni habitants permanents. Les bergers de Murter et Sali y ont longtemps mené leurs moutons en estive, laissant des murets de pierre sèche qui découpent encore les versants. Le parc national couvre la partie sud depuis 1980. Les falaises ouest, appelées korune ou couronnes, plongent à 80 mètres sous l'eau. Nous organisons les sorties depuis Murter, où les patrons-pêcheurs connaissent les bons mouillages.
Krka, deuxième parc national de la région, suit la rivière éponyme sur 73 km depuis Knin jusqu'à la mer. Les cascades de Skradinski buk tombent sur 17 paliers et 46 mètres de dénivelé. La baignade y est interdite depuis 2021 pour préserver les travertins. Plus en amont, l'îlot Visovac porte un monastère franciscain fondé en 1445, accessible en barque depuis Stinice. Le canyon de la Krka entre Roški slap et Knin reste peu fréquenté, parfait pour qui veut éviter les bus de Skradin en juillet-août.
L'arrière-pays raconte une autre Dalmatie. La Bukovica et le Ravni Kotari, plaines karstiques entre Benkovac et Knin, ont été lourdement marqués par la guerre de 1991-1995. Beaucoup de villages se vident encore, mais quelques familles relancent la production d'huile d'olive, de pršut (jambon séché au vent de bora) et de fromage de Pag affiné à l'huile. Sur l'île de Pag justement, le paysage minéral du nord-ouest, balayé par la bora, donne au fromage son goût salin caractéristique. Côté table, on retient le brodet de poisson à la polenta, les pâtes šurlice et le risotto à l'encre de seiche.
À découvrir
Navigation dans les Kornati. Sortie d'une journée en bateau depuis Murter à travers les 89 îles karstiques de l'archipel, avec mouillage dans une baie déserte et déjeuner de poisson grillé chez un berger de Žakan ou Levrnaka.
Cascades et monastère de la Krka. Marche d'environ 2 km sur passerelles bois entre les chutes de Skradinski buk, puis traversée en barque vers l'îlot Visovac pour visiter le monastère franciscain et sa bibliothèque de manuscrits glagolitiques.
Zadar au coucher du soleil. Promenade sur la pointe ouest pour écouter l'orgue marin de Nikola Bašić, avec en toile de fond le canal de Zadar et les silhouettes des îles d'Ugljan et Pašman.
Cathédrale de Šibenik et forteresse Saint-Michel. Visite de la cathédrale Saint-Jacques entièrement en pierre assemblée sans mortier, suivie d'une montée à la forteresse pour saisir d'un seul regard la baie et l'entrée du chenal Saint-Antoine.
Fromageries de l'île de Pag. Rencontre avec un producteur de paški sir près de Kolan, dégustation du fromage de brebis affiné 12 mois et traversée du paysage lunaire du nord de l'île, sculpté par la bora.
Quand y aller
La meilleure fenêtre s'étale de mi-mai à mi-juin et de début septembre à mi-octobre. Les températures tournent autour de 24 à 27 °C en journée, la mer reste à 21-23 °C, et les sites comme Krka ou Zadar se visitent sans la cohue de l'été. En juillet et août, le thermomètre grimpe à 30-32 °C, parfois 35 °C lors des vagues de chaleur, et les parkings des parcs nationaux saturent dès 10h. Nous déconseillons cette période sauf si le voyage est centré sur la navigation, où la foule se dilue dès qu'on quitte la côte.
L'hiver est doux mais ventu : la bora descend du Velebit en rafales à 100-150 km/h, particulièrement entre Karlobag et le canal de Pag, ce qui bloque parfois les ponts et suspend les liaisons en ferry. Les pluies se concentrent en novembre et mars, autour de 100 mm mensuels. L'arrière-pays de la Bukovica connaît des écarts plus marqués que la côte : prévoir 5 à 7 °C de moins en intérieur l'hiver, et davantage de gel autour de Knin.
Conseils pratiques
Nous recommandons 4 à 6 jours sur la région pour combiner Zadar, une journée Krka, une journée Kornati en bateau et un crochet par Pag ou la Bukovica. En dessous de 3 jours, il faut choisir entre les deux parcs nationaux, ce qui serait dommage. L'aéroport de Zadar reçoit des vols directs depuis Paris, Lyon, Bruxelles et Genève d'avril à octobre ; hors saison, l'arrivée se fait par Zagreb avec 3h de route, ou par Split à 1h30 au sud.
La Dalmatie du Nord se combine naturellement avec Plitvice et le karst intérieur en remontant vers le nord (2h de route jusqu'aux lacs), avec la Dalmatie centrale et îles en descendant vers Split, Brač et Hvar, ou avec l'Istrie via une longue journée de transfert de 4h30. Le confort hôtelier est correct sans être luxueux : nous travaillons avec des maisons d'hôtes familiales à Šibenik, quelques boutique-hôtels en vieille ville de Zadar et des agroturizam dans l'arrière-pays. La région convient bien aux familles avec enfants nageurs, aux amateurs de navigation à la voile, et aux contemplatifs qui acceptent de marcher 2-3 heures par jour. Les randonneurs purs préféreront le Velebit ou Paklenica, juste au nord.






